Oui, il fallait bien que cela arrive. Passer la crête des 50 ans était prévu, normalement anticipé puisque « calendairement » planifié. Mais dire que c’est une étape comme une autre serait se leurrer.
C’est une croisée des chemins.
Je me disais que c’était peut-être le moment d’ouvrir une page de carnet par ici, pour instaurer un nouveau chapitre dans cette aventure du graphisme et du design. Quand je regarde dans le rétro, il s’en est passé des choses. Certains qui me connaissent ont vu mon parcours changer au gré des découvertes : je suis parti du dessin académique pour arriver au design interactif, en traversant des décennies de mises en œuvre passionnantes. Tout ceci n’était pas un sprint, c’était un marathon. Du haut de ma crête, j’aperçois encore un peu le départ, mais il me reste à définir la destination.
Car le paysage a changé. Et je ne parle pas d’une simple évolution technologique, d’un changement de format d’écran ou d’une réorganisation d’équipe design. Je parle du bouleversement total de notre façon de penser et de concevoir avec l’intégration de l’IA dans le « game ». C’est aussi fascinant que vertigineux.
Même si j’ai toujours eu pour credo d’apprendre pour évoluer, le doute s’installe forcément lorsque toutes nos compétences sont challengées continuellement. Dans la fabrication de visuels, dans l’analyse ou le code, le changement est exponentiel. Les algorithmes exécutent désormais plus vite. Nous sommes parfois la tortue face à des lièvres sous stéroïdes.
Comment appréhender cela dans mon activité désormais ?
Comme je l’ai toujours fait : en évoluant, en incluant les nouvelles méthodes, mais à une différence près : je veux garder le plaisir de faire.
Je me suis rendu compte que l’activité de « prompter » avait quelque chose d’ennuyeux. J’aime faire, manipuler, tripatouiller, bouger des paramètres, dessiner. On peut certes obtenir un résultat convenable en générant une image synthétique, mais qu’en est-il du lien au réel ? De l’origine ? Du geste ?
Ce lien au réel me questionne. Je me raccroche à l’idée qu’une création doit avoir un point d’ancrage dans le vrai. Quel est l’intérêt de mettre en valeur la photo d’un sujet qui n’existe pas ? Une vidéo qui n’a capté aucun instant vécu, aucune vérité ? Une image 3D qui n’a demandé aucun temps à l’artiste pour réfléchir, se tromper, itérer ? À mon sens, cela détruit la valeur. J’ai toujours procédé ainsi : partir du réel.
C’est un changement total de paradigme. Mais a-t-on vraiment du plaisir à prompter ? Un prompt est une phrase, une suite de mots. Aussi ingénieuse soit-elle, il n’y a pas de geste, et le geste me manque. La solution réside probablement dans la complémentarité de la main et de la phrase. Sinon, la création va se résumer à des listes de courses :
« Compose-moi une symphonie sur la magie des arbres. »« Je veux une photo d’une femme en haut d’une montagne. »« Dessine-moi un castor faisant du surf. »
Tout cela peut paraître naïf, et mon « doutomètre » est à bloc. Je n’ai aucune certitude, juste du ressenti. Mais à la croisée des chemins de l’âge et de l’époque, je vais continuer à avancer, avec la sagesse de la tortue, pour garder le lièvre en ligne de mire.
PS : Et je ferai des articles par ici, à l’ancienne.